Il arrive parfois que l’on referme un recueil avec cette petite phrase en tête :
« C’était beau… mais je ne suis pas sûre d’avoir tout compris. »
Comme si, pour aimer un poème, il fallait d’abord en trouver la clé. Déchiffrer chaque image. Comprendre chaque métaphore. Découvrir ce que l’auteur a voulu dire.
Mais est-ce vraiment nécessaire ?
Un poème se rencontre avant de s’expliquer
Lorsque nous écoutons une musique, nous ne cherchons pas toujours à savoir pourquoi quelques notes nous émeuvent.
Elles nous touchent, tout simplement.
La poésie peut agir de la même manière.
Un mot nous arrête.
Une image nous surprend.
Une phrase réveille un souvenir.
Un rythme nous entraîne.
Et parfois, nous ne savons même pas très bien pourquoi.
C’est peut-être justement là que commence la poésie : dans cet espace où les mots ne se contentent plus de raconter ou d’expliquer, mais viennent provoquer quelque chose en nous.
Chacun entre dans un poème par sa propre porte
Un même poème peut évoquer un souvenir heureux chez l’un, une absence chez l’autre, un paysage d’enfance chez un troisième.
Et aucun ne se trompe.
Bien sûr, l’auteur a écrit avec ses propres émotions, ses images, son histoire. Mais une fois le poème offert au lecteur, celui-ci arrive avec son propre bagage.
C’est ce qui rend la lecture si personnelle.
Nous pouvons même relire quelques années plus tard un poème que nous connaissions bien et y découvrir tout autre chose.
Le texte n’a pas changé.
Nous, oui.
Et si l’on arrêtait de chercher la « bonne réponse » ?
Nous avons parfois gardé de l’école l’idée qu’un poème cache forcément un message qu’il faudrait réussir à retrouver.
Que veut dire ce vers ?
Que symbolise cette image ?
Quelle était l’intention du poète ?
Ces questions peuvent être passionnantes. Comprendre la construction d’un texte, son époque ou ses références peut enrichir considérablement sa lecture.
Mais cela ne devrait jamais devenir une condition pour avoir le droit de dire :
« Ce poème me plaît. »
On peut aimer quelques vers simplement parce qu’ils sonnent bien.
Parce qu’ils nous font sourire.
Parce qu’une image nous accompagne toute la journée.
Ou parce qu’ils remuent quelque chose que nous serions bien incapables d’expliquer.
La poésie ne demande peut-être pas toujours à être comprise
Elle demande parfois simplement que l’on s’arrête.
Que l’on lise.
Que l’on écoute.
Que l’on laisse les mots faire leur chemin.
Certains poèmes nous parlent immédiatement. D’autres restent mystérieux. Et puis il y a ceux que l’on retrouve longtemps après et qui, soudain, prennent un tout autre sens.
Alors, faut-il comprendre un poème pour l’aimer ?
Je ne le crois pas.
Il suffit parfois d’un mot, d’une image, d’un rythme… et quelque chose se passe.
Et c’est peut-être cela, finalement, la magie de la poésie.
Chris Ann
Autrice de poésie